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Assurance-maladie : le prérapport Chadelat propose de donner plus de place au privé

 

Le président du fonds CMU doit remettre ses conclusions fin mars.

 

By Jean-Michel Bezat

 

Le Monde, February 20, 2003

Jean-François Chadelat, chargé par M. Mattei de présider le groupe de travail sur le champ d'intervention de la sécurité sociale et des complémentaires, doit remettre son rapport, très sensible politiquement, à la fin mars. Le choix de cet inspecteur général des affaires sociales ne doit rien au hasard : ancien patron de l'Acoss (agence gérant la trésorerie de la "Sécu"), puis responsable du département sur les nouveaux produits de santé de l'assureur Axa, ce haut fonctionnaire proche de la droite, récemment nommé président du fonds de financement de la CMU (Couverture maladie universelle), faisait partie de la poignée d'experts qui ont élaboré le plan Juppé en 1995.

M. Chadelat a présenté aux partenaires sociaux, fin décembre 2002, les grandes lignes d'un nouveau système de remboursement des soins à trois étages qui fait davantage appel au privé. L'Etat s'engagerait à "assurer le meilleur accès aux soins à tous les Français" par le biais d'une "couverture maladie généralisée" assurée à la fois par la "Sécu" et une "assurance-maladie complémentaire de base". Ce deuxième étage – facultatif – serait en partie financé par l'Etat à travers un "chèque" santé dégressif suivant les revenus des assurés (environ 8 % des Français n'ont pas de complémentaire).

M. Chadelat souligne que, pour cette "couverture généralisée", les assureurs privés ne pourraient pas sélectionner les bons risques médicaux et laisser les cas les moins lucratifs aux caisses publiques. Le gouvernement et le Parlement fixeraient, avec l'aide d'experts médicaux, le niveau des dépenses "que la collectivité considère comme nécessaires et celles qui paraissent plus accessoires" ; la "Sécu" et les mutuelles négocieraient le contenu du "panier de soins" remboursés et assureraient une "corégulation" du nouveau système.

"MÉDECINE À DEUX VITESSES"

Le privé pourrait, par exemple, couvrir l'ensemble des frais d'optique. Les complémentaires, note M. Chadelat, se substituent trop souvent aux caisses pour rembourser des médicaments dits "de confort" ou des visites à domicile non justifiées, favorisant ainsi une surconsommation de soins. Ces dépenses relèveraient d'un troisième étage non subventionné. Ce schéma "n'engage pas le ministre", a prévenu M. Chadelat, même s'il s'inspire des analyses de M. Mattei. Ce dernier précisait le 21 janvier, au "Grand Jury RTL- Le Monde-LCI", qu'il conduirait sa réforme "dans le respect de la solidarité".

Certains syndicats, la mutualité et la gauche en doutent et s'interrogent sur les risques d'une "médecine à deux vitesses" : jusqu'où ira le désengagement de la "Sécu", jusqu'où les mutuelles devront-elles relever leurs primes ? La Mutualité française, qui assure 7 % du total des remboursements, a fait ses comptes. "Si nous devions compenser le dépassement de l'objectif de dépenses voté par le Parlement -3,1 milliards d'euros pour la seule année 2002-, il faudrait plus que doubler nos cotisations chaque année", affirme son président, Jean-Pierre Davant. "La gestion de la santé par les assureurs n'a jamais entraîné une baisse des coûts, analyse pour sa part Jean-Marie Le Guen, député (PS) de Paris. Il faut que l'assurance soit obligatoire, sinon les gens décrochent et on ne les rattrape plus, comme on le voit aux Etats-Unis."

C'est d'ailleurs sur le caractère obligatoire ou facultatif du projet d'assurance maladie complémentaire de base que les débats sont les plus vifs au sein du groupe de travail de M. Chadelat.

 

 


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